Le génocide arménien et la Vendée : un parallèle ?Peut-on faire un parallèle entre le génocide arménien perpétué par les turcs entre 1915 et 1916 et le martyr que subit la Vendée en 1793 et 1794 ? Voilà le thème du débat passionnant qui a eu lieu à l’ICEC à la Roche sur Yon et qui a laissé les 200 personnes un peu sur leur faim.
Pour parler des génocides, François Boulêtreau, directeur de l’ICES a accueilli Raymond Kevorkian, historien et directeur de l’Institut Française de Géopolitique (Université Paris VIII), Françoise Govciyan, présidente de l’association Arménie-Vendée et Dominique Souchet, vice président du Conseil Général et député de La Vendée qui a posé d’entrée les bonne questions. En effet, pour l’Arménie, c’est encore l’actualité puisque le génocide arménien est au cœur des négociations entre les deux pays. Pour la Vendée, il s’agit de montrer qu’il y a eu martyr, (génocide ?), d’où découle peut être l’esprit combatif des vendéens d’aujourd’hui. Une grande question reste présente : La Vendée de 1794 est-elle la matrice de tous les génocides du XXe siècles ?
Qu’est ce qu’un génocide ?
Le premier point commun entre le génocide arménien et la Vendée : Une volonté du pouvoir central d’exterminer une population pour effacer leur identité bien qu’elle ne menaçait en aucun cas le pouvoir en place. « Ce sont des boucs émissaires. Le pouvoir turc s’inspire de l’idéologie jacobine » précise le député de la Vendée. Puis, les deux exterminations font l’objet d’un déni , puis le négationnisme suit avec les caractéristiques suivantes : Silence totale dans les manuels d’histoire de l’éducation nationale, renvoie dos à dos des protagonistes des massacres, la victime qui devient bourreau (l’affaire Barra), le bourreau qui devient héros (Turreau, Westerman).
« Les crimes de masse n’ont été codifiés que tardivement. Ce sont les gouvernements français, Anglais et Russe qui employèrent pour la première fois, en 1915, l’appellation de « crimes contre l’humanité » avec une proposition des français en 1919 de créer un tribunal international e pour juger les responsables » rappelle le professeur Kevorkian qui explique : « Un génocide se déroule dans un contexte de guerre avec un rôle central de l’état dans un régime totalitaire porteur d’une idéologie d’exclusion . Pour cela, le pouvoir utilise systématiquement des organisations paramilitaires, ces unités indépendante chargées des basses besogne, sauf pour la Vendée où ce fut l’armée régulière » ( Un fait nouveau pour la guerre de Vendée, des chercheurs viennent de découvrir les actions d’unités spéciales, appelées les Hussards de la Mort , créées par la Convention). Les massacres visent toujours les populations civiles appartenant à toutes les couches de la société. Pour qu’il y ait génocide, il doit y avoir aussi l’intentionnalité du pouvoir mais il n’y a jamais d’ordre écrit sauf pour la Vendée (deux décrets de la Convention ordonnent la destruction de la Vendée). Le génocide arménien
Le professeur Kevorkian rappelle les causes du génocide arménien et en démontre le mécanisme qui s’appuie sur des témoignages : « L’identité turc ne date que du XIXe siècle et prend modèle sur la révolution française. Les jeunes turcs dirigeant le pays et acquis au modernisme avaient exporté d’occident le modèle nationaliste qui était dans l’air du temps. Au départ, il ne s’agissait que d’un déplacement de population. Il fallait expulser ceux qui n’entraient pas dans les critères turcs.. Puis le génocide se met en place avec ses étapes : le recensement des 20-60 ans, suivi de l’arrestation des élus et des élites (3 000 personnes internées). La 3e étape ordonne l’arrestation des notables qui sont torturés pour certains et exterminés dans les gorges du Tigre et de l’Euphrate par les groupes de paramilitaires. Puis c’est la déportation de masse, 25 camps de concentrations existaient près de l’Euphrate entre octobre 1915 et juillet 1916. Déportations, exécutions de masse, c’est un million de morts en quelques mois.»
En 1919, Clémenceau, créateur du journal pour l’Arménie, demande un procès contre les auteurs et responsables du génocide arménien. Aujourd’hui, quatre parlementaires dont le sénateur Oudin, vendéen, ont porté la proposition de loi sur le génocide arménien. En 2007 Lionnel Luca, Député et Conseiller Général des Alpes-Maritimes dépose un projet de loi sur la reconnaissance du génocide vendéen. Voilà deux pays, martyrisés, deux populations éliminées. Le pardon est-il possible ? Bien, que ce qu’ a affirmé Robespierre : « Le pardon, c’est barbare », il est nécessaire. Il ouvre la porte sur la mémoire sachant que pardonner n’est pas oublier ! . Samedi 12 Décembre 2009
Richard d Amphernet
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